Petit Conte
Le tailleur qui coud plus vite que son aiguille

Personnages

 

Balthazar Zigzag 
— tailleur de génie… mais beaucoup trop rapide.
Gertrude 
— son aiguille, qui parle et râle sans arrêt.
Le Roi Gustave Ier 
— vaniteux, un peu niais, mais fier.

 


Chapitre 1 — Un tailleur pas comme les autres

 

Balthazar Zigzag était le meilleur tailleur du royaume de Courtepointe… du moins, c’est ce qu’il disait très fort.
Il cousait des costumes pour les princes, des robes pour les duchesses (avec des traines), et des caleçons à pois pour le Roi en personne.
Mais Balthazar avait un défaut : il était pressé.
Toujours pressé !
Il cousait si vite que parfois, il oubliait de mettre du fil dans son aiguille.
Un jour, il avait rendu un manteau… transparent.
Le client, ravi, avait déclaré :
— C’est très léger !
Et tout le monde avait fait semblant de ne rien voir.

 


Chapitre 2 — La commande du siècle

 

Un matin, une lettre arriva, scellée d’un ruban doré :
De la part de Sa Majesté le Roi Gustave Premier.
“Cher maître Zigzag, je veux le plus beau costume du royaume,
pour le Bal des Mille Boutons, demain soir à dix-huit heures.”
Balthazar pâlit.
— Demain ?! C’est impossible !
Puis il sourit :
— … sauf pour moi.
Il sortit son aiguille préférée, surnommée Gertrude, et se mit à coudre si vite que le tissu n’avait pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait.
Son aiguille peinait à suivre. Elle criait presque :
— Hé, doucement ! J’ai des limites !
Mais Balthazar, grisé par la vitesse, continua à coudre dans un tourbillon de gestes :
zip ! zap ! zouf ! clic ! crac ! pouf !
Tellement vite que les coutures apparaissaient avant qu’il ne les cousent.

 


Chapitre 3 — Le costume du futur

 

Le lendemain, le Roi arriva pour l’essayage.
— Alors, cher tailleur, mon habit est-il prêt ?
Balthazar, fier comme un coq, présenta son œuvre :
un costume si parfait, si brillant, si… inexistant.
Rien.
Pas un fil, pas un bouton, pas un ourlet.
Mais le Roi, ne voulant pas paraître idiot, s’exclama :
— Sublime ! C’est… c’est incroyablement léger !
— Merci, Majesté ! répondit Balthazar, ravi. C’est du tissu invisible de grande vitesse. Très tendance cette saison.
Les courtisans, pour ne pas passer pour des imbéciles, firent tous :
— Oh ! Magnifique ! On dirait qu’il brille de l’intérieur !
Le Roi défila donc au Bal des Mille Boutons…
nu comme un ver mais très confiant.

 


Chapitre 4 — La révélation du bal

 

Tout allait bien jusqu’à ce qu’un petit garçon dans la foule s’écrie :
— Mais maman, pourquoi le roi est en caleçon ?!
Un silence tomba.
Puis tout le monde éclata de rire.
Le Roi rougit jusqu’aux oreilles, se couvrit d’une nappe, et cria :
— Balthazar Zigzag ! Vous êtes un escroc !
Le tailleur, sans perdre son sang-froid, répondit :
— Pas du tout, Majesté ! C’est vous qui êtes allé plus lentement que mon aiguille !
Le costume, lui, est déjà dans le futur. Vous ne le voyez pas encore, mais lui, il existe… demain !
Le Roi, un peu bête mais très vaniteux, fronça les sourcils :
— Ah oui… je vois. Très moderne, en effet.
Et tout le monde fit semblant d’y croire à nouveau.

 


Chapitre 5 — Le tailleur légendaire

 

Depuis ce jour, Balthazar Zigzag est devenu une légende.
On dit qu’il coud si vite que ses vêtements apparaissent avec trois jours d’avance.
Les gens viennent de tout le royaume pour lui commander des habits…
même s’ils doivent attendre que la réalité les rattrape.
Et dans sa boutique, au-dessus du comptoir, on peut lire une pancarte :
“Ici, on coud plus vite que son ombre (et parfois sans fil).”

 


MORALITÉ

 

Il y a des gens qui prennent leur temps,
et d’autres qui perdent le leur !
Mais entre deux points…
mieux vaut un bon fil que raconter une histoire !